Manger dans l’espace n’a rien d’anodin. En micropesanteur, les perceptions sont modifiées : l’odorat et le goût diminuent, les saveurs semblent plus fades, et le moment du repas peut perdre en plaisir. Et si la technologie permettait de redonner de l’émotion à un simple bol de riz… même à 400 kilomètres au-dessus de la Terre ?
C’est le défi qu’ont relevé Martin Biche, Hugo Brines et Lowell Buzzi, élèves-ingénieurs de TELECOM Nancy, dans le cadre de leur projet industriel de fin d’études.
Ce projet est mené par le laboratoire LIBio de l’école d’ingénieurs ENSAIA (Université de Lorraine), en collaboration avec le CNES (Centre National d’Études Spatiales) et la société Givaudan.
L’objectif : créer une expérience gustative immersive mêlant réalité augmentée et diffusion d’arômes.
Découvrez le projet en images
Un sujet technologique… et profondément humain
Au-delà du contexte spatial, le projet touche à un geste quotidien, intime et universel : manger. Améliorer ce moment lors de missions longues, c’est contribuer au bien-être psychologique des astronautes.
Les étudiants reviennent sur leur expérience et sur ce qu’ils ont retenu de ce projet.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce sujet ?
« La présentation se démarquait vraiment de tous les autres projets qui nous ont été proposés, à la fois par son sujet – la prise de repas dans l’espace – et par son domaine technologique : la réalité augmentée. C’était un projet avec beaucoup d’ambition et un vrai enjeu ce qui était très motivant !
Nous avons aussi beaucoup apprécié de travailler avec des acteurs extérieurs comme Givaudan ou le CNES, qui ont une renommée mondiale.
C’était aussi la première fois qu’on répondait à une problématique industrielle de cette envergure. »
Pensez-vous que cette technologie pourrait avoir des applications dans d’autres contextes ?
« Cette technologie pourrait tout à fait servir ailleurs que dans l’espace. Dans le domaine de la santé par exemple, pour des personnes qui ont des perceptions sensorielles diminuées ou des allergies à certains aliments. »
Une immersion multisensorielle
Le dispositif développé combine un casque de réalité augmentée et un diffuseur d’arômes. Concrètement, un bol de riz posé devant l’utilisateur devient une scène immersive :
- le riz change de couleur selon le parfum choisi (curry, thaï, tandoori),
- une ambiance visuelle et sonore spécifique apparaît,
- une fumée légère s’élève,
- le parfum correspondant est diffusé.
Les arômes ont été fournis par la société suisse Givaudan, leader mondial des parfums et arômes alimentaires et partenaire industriel du laboratoire. Cette collaboration donne au projet une dimension professionnelle et industrielle forte.
L’expérience ne se limite donc pas à “voir” différemment : elle permet de stimuler plusieurs sens simultanément.
Une vraie avancée technologique
Le projet ne partait pas d’une feuille blanche. Un premier développement avait été réalisé en amont par d’autres étudiants.
L’équipe de TELECOM Nancy a repris cet existant pour le faire évoluer et l’enrichir avec le développement d’un algorithme de détection automatique du bol par traitement d’image, remplaçant un système basé sur QR-code. Cette évolution permet une reconnaissance plus naturelle du bol réel et une superposition fluide d’un modèle 3D qui évolue progressivement au fil des bouchées, renforçant l’immersion.
Derrière l’effet immersif, se cache un important travail d’ingénierie : vision par ordinateur, modélisation 3D, développement sous Unity, intégration logicielle et matérielle.
Le projet a mobilisé des compétences complémentaires au sein de l’équipe formée par trois de nos élèves, issus de différentes filières de l’école :
- Systèmes et logiciels embarqués – Martin Biche
- Intelligence artificielle et masses de données – Hugo Brines
- Ingénierie du logiciel – Lowell Buzzi
Quelles connaissances et compétences avez-vous mobilisées pour ce projet ?
« Nous avons pu mettre en pratique des connaissances acquises à l’école, notamment en gestion de projet et en vision par ordinateur, que nous utilisons régulièrement sur différents projets, notamment dans la filière Intelligence artificielle et masses de données. »
Sur le plan technologique, qu’avez-vous appris dans le cadre de ce projet ?
« Deux d’entre nous ont appris à utiliser un moteur graphique 3D avec le logiciel Unity. Nous connaissions déjà des outils pour la 2D mais passer à la 3D ça a été une vraie découverte et c’était très intéressant. »
Le fait de venir de 3 approfondissements différents a-t-il été une force ?
« Nous avions un groupe très complémentaire : Lowell maîtrisait la modélisation 3D, Hugo avait déjà travaillé sur la Computer Vision et Martin avait de l’expérience avec Unity. Nous avions des compétences et des idées différentes à apporter au projet ; cette diversité a été une vraie force ! »
Un projet présenté au CNES
Point d’orgue du projet : une présentation au CNES à Toulouse le 24 février 2026, une étape marquante, qui inscrit ce projet dans un contexte spatial concret et professionnel.
Comment avez-vous vécu cette présentation ?
« Présenter notre projet dans un contexte aussi emblématique que le CNES est très impressionnant et un peu stressant. C’est une opportunité énorme que nous avons eue !
Avec notre encadrante, Muriel Jacquot, nous avons fait une démonstration devant des équipes du MEDES et du CNES. On a également eu la chance de découvrir une partie des locaux et d’en apprendre plus sur les missions spatiales.
Nous espérons voir un jour ce projet dans l’espace ! »
Le regard du laboratoire
Muriel Jacquot, encadrante industrielle au laboratoire LIBio :
Comment est née l’idée du projet ?
« En microgravité, les sens sont perturbés, notamment l’olfaction est largement atténuée. Alors on a cherché comment on pourrait redonner un sens de l’odorat performant à nos astronautes dans ces conditions contraintes. »
Qu’ont apporté les étudiants de TELECOM Nancy ?
« Initialement, le projet reposait sur de la réalité en deux dimensions. Avec la participation des étudiants de TELECOM Nancy, on est passé sur un modèle en trois dimensions. Ils ont aussi beaucoup travaillé sur l’amélioration de la détection du bol et de la cuillère. »
Et la suite ?
« Nous avons déposé un dossier auprès de l’ESA pour proposer l’expérience à l’astronaute suisse qui va bientôt monter dans la station. On croise les doigts pour qu’il choisisse notre expérience ! »
Le regard de l’école
Jean-Marie Moureaux, encadrant académique du projet :
« Ce projet est très formateur pour les étudiants, en particulier d’un point de vue gestion de projet. Ils peuvent mesurer sur un véritable cas d’étude, l’impact de cette gestion sur l’avancée du projet et ses résultats et le travail en équipe. D’un point de vue technique, ce projet était en lien direct avec le traitement d’images et de vidéo et la programmation. »
« Sur le plan technique, les étudiants ont travaillé sur un domaine complexe (la réalité augmentée) pour une application avec de fortes contraintes. J’ai particulièrement apprécié l’investissement des étudiants malgré la difficulté. Ils n’ont jamais renoncé et ont toujours cherché à résoudre les problèmes. Tous les trois ont été très complémentaires. Tout cela leur a permis d’atteindre un très bon résultat final. »
L’ingénierie au service du quotidien… même dans l’espace
Ce projet illustre la capacité des élèves de TELECOM Nancy à conjuguer innovation technologique, créativité et enjeux humains — jusqu’à imaginer comment redonner de la saveur à un repas en orbite !
Félicitations à nos élèves et à leurs encadrants pour le défi relevé et merci au laboratoire LIBio pour avoir confié ce très beau projet à TELECOM Nancy.